vendredi 25 mars 2016

Holi Hai!

Aujourd'hui, c'était Holi. A l'heure où j'écris ces lignes, la journée est déjà finie en Inde, là où on la fête, avec les 4h30 de décalage, mais ce n'est que le début d'un long weekend de fête -entre nous, je choisis mal mon entourage, on dirait qu'ils se sont tous donné le mot pour avoir un weekend de 4 jours, entre les Indiens, les Mosellans, les Britanniques et les Allemands... (Non, je suis pas jalouse) (OK, un peu envieuse quand même). Ca faisait quelques jours que je voyais poindre les articles pré-holi un peu partout sur les réseaux sociaux, sans que cela ne me fasse réagir outre mesure; d'ailleurs, je ne m'étais même pas enquise de la date exacte cette année et c'est sûrement la première fois que j'ignore cette information depuis 2010.

Puis ce matin, les messages m'attendaient tranquillement au réveil sur mon téléphone, les voeux de ma belle-famille en cette journée supposée de fête. En faisant défiler ma timeline sur Facebook, je vois les photos colorées de mes amis, ou plutôt mes connaissances car il ne reste plus grand chose de notre amitié qui était probablement géographique l'an dernier, restées à Bombay. Visages et corps couverts de poudre, les photos n'abondent pas mais il y en a assez pour me travailler un peu. J'essaye de regarder ailleurs. Surtout, ne pas se rappeler que Holi l'an dernier, nous le fêtions sur une plage paradisiaque de Goa, et je venais de demander Vineet en mariage, dans un weekend qui par la force des choses gardera une place spéciale pour nous. Surtout, ne pas repenser à la chaleur et l'insouciance, aux rires et au fait de retomber en enfance comme des gamins.

En plus, je ne suis même pas une très grande fan de Holi: trop de débordements, trop de lâcher prise soudain dans une société si pudique et sclérosée habituellement, parfois on voit une lueur dans les yeux de ces jeunes qui vous assaillent de poudre, quelque chose qui met mal à l'aise car on sent que toutes les barrières sont tombées et que c'est là que ça devient dangereux.

Mais une sensation douce-amère m'envahit tout de même. Depuis janvier, l'Inde a commencé à me manquer. Phénomène un peu inattendu: lorsque je suis rentrée à Paris fin Juillet, j'ai dû mettre un soin inconscient à reconstruire un quotidien parisien terriblement similaire à celui que j'avais quitté, et j'ai réussi à me convaincre, quelque part, que je n'étais jamais partie. Les souvenirs de Bombay s'était effacés. Comme si ça n'avait pas été moi. Ma mémoire s'envolait, comme secouée à la façon d'une ardoise magique. Je devais me forcer et invoquer des souvenirs précis pour retrouver leurs images. Les sensations, elles, avaient disparu, silencieusement. Tout cela avait-il été réel? L'appartement, les conducteurs de rickshaw, la route encombrée pour rentrer du travail, les dîners cuisinés par la maid, les cours d'hindi, les soirées sous la chaleur... Où tout avait bien pu partir? On aurait dit qu'une année de ma vie s'était échappée.

Depuis janvier, elle est revenue. Je ne saurais dire si c'est l'installation de Vineet ou l'approche du séjour et surtout du mariage indien qui a tout fait resurgir. Soudainement, je me prenais à rêvasser de mon travail précédent, je repensais à ces gens qui peuplaient mon quotidien il y a à peine 6 mois encore, ils me manquaient un peu. Est arrivée l'heure du départ pour le mariage, mais nous étions partis pour Delhi, dans l'optique de faire découvrir l'Inde à 35 personnes de ma vie française, passant par la si touristique Agra puis décollant en lune de miel dans les îles Andaman...

Une fois rentrée, le sentiment ne m'a pas réellement quitté, alors même que je venais d'avoir ma dose d'Inde (suffisamment longtemps pour que plusieurs indicateurs soient passés au rouge en l'espace de moins de trois semaines sur place). Ce n'était donc pas l'Inde qui me manquait, qui me manque maintenant. Je reviens aux photos de Holi, entêtantes, qui n'ont cesse de resurgir partout. Il y a du soleil dans mon imagination, dans mes souvenirs de l'Inde, une lumière aveuglante et une douce chaleur qui correspond à l'hiver de Bombay. Qui n'a pas grand chose à voir, en fait, avec la chaleur crue et humide, chargée de pollution, qui agresse en toutes circonstances -le réel vécu du climat pour un Européen sur place.

Playing Holi me manque. Ma vie à Bombay me manque. Ma mémoire et mon cerveau ont soigneusement choisi les souvenirs pour les projeter idéalisés dans mon petit cinéma personnel. Je nous vois marchant le dimanche après-midi à Bandra sous le soleil, n'ayant rien d'autre à faire qu'à profiter du temps qui passe. Je nous vois manger au restaurant deux, trois fois par semaine, sans réfléchir à nos moyens, tester des plats indiens délicieux, de nouveaux cocktails. Je me vois au bureau où je n'avais pas de pression et j'avais tout le loisir de réfléchir à l'organisation de nos mariages. Je me vois dans les rickshaws pour aller au travail, dans les Uber pour les descentes aux Malls dans le Sud de la ville, les pieds dans le sable à Goa.

Je sais ce qui se passe -c'est l'insouciance qui me manque. L'insouciance de Holi, celle de jouer exactement comme des enfants qui oublient qu'ils ont grandi. On ne fait jamais ça ici. L'insouciance de ne pas organiser sa vie, de ne pas être attendu quelque part, de ne pas avoir à voir des gens absolument, de ne pas avoir de responsabilité.

La difficulté et la barrière du langage me contraignaient à cette époque à une situation d'assistanat pénible, souvent dépendante de Vineet. Cette perspective me paraît soudain ô combien légère et reposante, après plusieurs mois à gérer de front toutes les interfaces administratives françaises pour deux. En Inde, il y a de toutes façons presque toujours quelqu'un pour faire les choses pour vous, pour peu que vous avanciez quelques roupies. On s'y habitue bien plus vite qu'on ne le pense, malgré les réticences initiales et l'indépendance souhaitée qui devient vite une façade.

Quelque part, l'insouciance aussi face aux drames et à la misère; les côtoyer autant au quotidien et voir l'attitude débonnaire des Indiens instaure un drôle de rapport, culpabilisant toujours certes, mais beaucoup moins responsabilisant que lorsqu'on se retrouve à être une minuscule pièce du puzzle de l'intégration de migrants en France. L'insouciance financière aussi, ne jamais avoir à réellement envisager l'argent comme une restriction lorsqu'on veut voyager ou juste sortir. Les amitiés légères, de circonstance, où l'on n'attend pas grandchose les uns des autres sinon de profiter du moment ensemble sans vraiment s'investir.

C'est tout ça qui me manque et qui me pince le coeur, qui me renvoie du vague-à-l'âme alors même que, heureux jeunes mariés, nous nous faisons à notre vie parisienne. Et peut-être aussi ces petits changements qui s'étaient opérés en moi à force de vivre en Inde, plus d'ouverture, de tolérance et de patience; on dirait qu'une fois de retour dans mon habitat naturel, mes mauvaises habitudes sont revenus au galop. Je ne sais pas comment je vais faire pour travailler dessus. Une chose est sûre, mon mari sera à mes côtés, et la certitude de cette présence, tout aussi solaire que mes souvenirs fantasmés de l'Inde, vient effacer la nostalgie de Holi...

samedi 12 septembre 2015

Everyday tout - Summer 2015

Et voilà, à ce stade ça ne s'appelle même plus du retard, mais ces derniers mois c'était tellement la folie... J'ai couru partout, changé de cap, de ville, pris des vacances, et je viens de changer de statut officiellement alors tout ça ça fait un gros paquet de souvenirs!
Je vous propose un truc: on fait un everyday de cet été un peu spécial, du 1er juillet au 31 août 2015. Et la suite? On verra!

Toujours à la recherche de saris pour moi-même et d'autres, voici la petite merveille que j'ai dénichée pour ma soeur!

Petite pause à Delhi pour ce rickshawwallah: dans beaucoup de quartiers, on trouve encore des rickshaws sans moteur et des cyclistes qui se reposent à l'ombre pour échapper à la chaleur brûlante des rues...

L'autre face de Delhi: ses malls rutilants, vides la semaine, fourmilières grouillantes le weekend lorsque les familles s'y retrouvent pour leur sortie dominicale

Another break from Bombay, mais toujours dans le Maharashtra: weekend en amoureux à Lavasa, drôle de ville construite à l'européenne sur un lac avec des façades couleur agrumes

Je ne suis pas certaine que la nourriture indienne me manquera tant que ça, mais les porotta des restaurants de South Indian food, oui!!
Dernières séances shopping: il semblerait qu'on ne soit pas les seuls dans ce quartier :)

Mes collègues m'ont offert un drôle de bouquet un peu cosmique pour mon départ!

Et on enchaîne: aussitôt en France, j'assiste à un premier mariage, celui d'un ami de prépa et d'école, ici devant l'Eglise orthodoxe roumaine de Paris.

Home sweet home: rien ne parle plus d'amour que quand on cuisine spécialement pour vous... non?!

Le plaisir de quelques fleurs fraîches, mes préférées: des oeillets

Première étape des vacances: l'île de Ré et ses marais salants

L'art de ne rien faire... au soleil!

Retrouver le plaisir des produits frais et des variétés de tomates de toutes les couleurs

Deuxième étape, direction le Sud...

... des villages viticoles, des façades colorées...

... et originales!

Puis retour et emménagement à Paris, un peu plus d'un an après mon départ

Expérience de l'été: cesser de se laver les cheveux pendant 4 semaines. Le résultat fut probant!

Et pour conclure une autre expérience, celle de changer d'alimentation avec le régime IG bas: retrouver de bonnes habitudes, se débarrasser des kilos indiens, penser aux robes à enfiler bientôt... Alors on réforme l'apéro!
C'est tout (et c'est déjà beaucoup) pour cet été si chargé. On se voit bientôt?!

mercredi 8 juillet 2015

Everyday Bombay - Juin 2015

Et voila, l'Everyday Bombay de Juin, je ne vous cache pas que ça sera un peu le service minimum tant on est sous l'eau par ailleurs... Mais promis: le mois prochain (qui sera le dernier car je reviens en France ensuite!) sera plus chargé et on revient aussi en parallèle avec un autre site très bientôt :)

La très imposante gare Victoria Station au Sud de Bombay, également appelée CST, et son architecture victorienne typique de la colonisation britannique.

Petit paysage lors d'une balade dominicale dans Bandra :)

Et nous voilà plongés dans l'univers incroyable de l'habillement "festif" indien, fait de saris, jupes, corsages; en tulle, crêpe ou coton, avec des couleurs étourdissantes...!

La mousson a débarqué début juin et a donné une toute autre allure à la ville. Très intense la première semaine, il y a eu beaucoup d'inondations dans certains quartiers, mais elle s'est réduite d'un coup et a laissé place à une nouvelle vague de chaleur!
... Comme on peut le voir ci-dessus: le soleil est bel et bien vite revenu!
C'est tout pour ce mois-ci mais rendez-vous très vite pour d'autres surprises :)

jeudi 11 juin 2015

Chroniques de Bombay - Première mousson

Quand on en est à sa six ou septième visite de l’Inde, avec près de deux ans passés sur place au total, il n’y a plus grand-chose de nouveau ou de surprenant. Oh bien sûr, il y a des petites choses au quotidien qui vous font lever les sourcils d’étonnement ou de cynisme, des détails à repérer à chaque instant, mais sur le fond, tout donne plus ou moins une impression de déjà vu. J’ai tant arpenté l’Inde, tant lu à son sujet, l’actualité comme les romans, tant été confrontée à la vie ici, que la magie des premiers instants, du premier voyage me semble désormais bien lointaine. Certains avis négatifs, formés par l’expérience du quotidien souvent difficile, viennent parfois ternir ma vision actuelle de façon injuste. L’habitude, aussi, entraîne avec elle une certaine indifférence. Je m’en suis rendue compte quand mes parents sont venus me rendre visite et que pour eux et ma sœur, tout était incroyable, alors que pour moi tout était analysé au travers du filtre de ma connaissance existante de l’Inde. Avec le temps, la lassitude et l’habitude, c’est la magie qui disparait.

Rien n’égale le sentiment et les émotions de la toute première fois, la découverte totale d’un univers si lointain et inconnu, si incroyable et prenant. Mes propres souvenirs me reviennent parfois. La moiteur qui nous a happés dès la sortie de l’aéroport à Delhi et nous a suivis, étouffante, jusqu’aux couloirs de l’hôtel de Chennai. L’odeur d’encens et l’ambiance si particulière du petit jour, lorsqu’il fait encore frais et que les gens rentrent du temple. L’état de transe joyeuse lorsque nous avons dansé sous la pluie lors de Ganesh Chaturthi au milieu des tambours. La majesté des temples du Sud. L’émerveillement face aux couleurs. La lumière si particulière. Le dégoût face aux monticules de déchets à ciel ouvert. Le marbre froid des temples sous nos pieds toujours nus pour les visites. Et les trombes d’eau de la mousson s’abattant sur la mosquée d’Ahmedabad, dans un silence religieux ; nous qui la regardions tomber sur le bassin des ablutions, calme inhabituel pour l’Inde ; et cette petite famille qui avait mis ses chèvres à l’abri tant bien que mal sous le chariot où eux-mêmes s’étaient réfugiés pendant l’averse.

Aujourd’hui, c’est ma première mousson. Pourtant, c’est ma quatrième; une première à Ahmedabad en 2010 donc, une seconde à Delhi en 2011, et une troisième à Bombay lors de mon arrivée en août dernier (qui ne m'a pas laissé que des bons souvenirs si l'on se rappelle le dernier article). Mais c’est la première fois que je vois la mousson débuter. Que je vis la chaleur languissante de l’été et me surprend à guetter les changements dans le ciel. Que je soupire de soulagement à l’unisson avec les Indiens en voyant enfin les nuages noirs arriver. Hier soir, un premier orage a éclaté. Comme une gamine, j’ai voulu me précipiter dehors, irrésistiblement attirée. Vineet a dû me retenir en m’expliquant que les premières pluies étaient les plus mauvaises, car elles étaient les plus chargées en particules polluantes et donc acides. Que m’importait, j’aurais voulu rester debout sur le balcon à me faire bousculer par le vent et rincer par la pluie toute la nuit, fascinée par le spectacle de ces eaux diluviennes. Ce matin au réveil, un nouveau bruit couvrait le ventilateur et la clim, un bruit fort mais reposant, régulier. La chambre était pleine d’une fraîcheur nouvelle. La pluie n’avait pas cessé. 

En allant au bureau comme tous les jours, j’ouvrais grand les yeux, émerveillée de voir le paysage habituellement aride de ces rues, toujours le même, baigné d’une lumière crue, soudainement humide et noirci. Comme les rues de Paris après l’orage. Comme une forêt après la pluie. Bombay si verte, ses feuilles continuent à dégouliner une fois l’averse passée, la boue s’amasse par endroits, la circulation est encore pire que d’habitude. Mais je suis heureuse. Le chauffeur me demande si j’aime la pluie, et je me surprends à répondre que oui. Pour la magie de cette première fois, j’aime la pluie.

mercredi 3 juin 2015

Everyday Bombay - Mai 2015

Hello! Avec un peu de retard comme toujours, voilà les photos de mon quotidien du mois de mai -comme le temps file...!


Adieu Paris: un dernier soir à dîner à l'un de mes endroits préférés de la capitale, le quartier du Centre Pompidou... avant de rentrer à Bombay après ces 10 petits jours en France!

Une nouvelle bague qui vient de chez Gemmyo, ma nouvelle marque de bijoux préférée en France: elle s'appelle Bombay Rose, avec son troisième oeil en tourmaline...

Un petit souvenir de la France encore, avec cette photo du jardin du domaine provençal où mon cousin s'est marié le 2 mai. Que la Provence est belle!
De retour à Bombay, voilà un plafond et un lustre un poil chargés, dans l'hôtel luxueux "Palladium"

Partis explorés un autre quartier de Bombay qui est immense mais si difficile à arpenter à cause de ses routes congestionnées: voilà Hiranandani, un étrange quartier qui émerge de la jungle avec une architecture gréco-romaine qui fait penser à une ville Playmobile tant elle est rose et kitschounette!

Un peu de rangement et on retrouve des anciens trésors: une aquarelle réalisée en 2011...

Et enfin, une scène de rue près de chez moi: les fameux taxis jaune et noir, couleurs de Bombay, et accroché à un arbre, un mini-autel pour prier un gourou hindou avec quelques guirlandes d'oeillets.
Voilà, l'everyday Bombay c'est déjà fini, et il ne reste que deux épisodes à venir puisque je serai en France pour sûr en Août et en septembre... On verra ce que nous réserve la suite! Bon mois de juin à toutes et à tous :)

mercredi 13 mai 2015

Chroniques de Bombay - Indian Lifestyle

Ca va bientôt faire 10 mois que je vis à Bombay (techniquement là ça fait 9,4 mois, si je compte comme les ingénieurs Indiens quand ils indiquent leurs années d'expérience sur leur CV: 6.2, 5.4, etc). A l'échelle d'une vie c'est pas grand-chose. D'ailleurs c'est à peine plus du double du temps que j'y ai passé la 1ère fois, en accord d'échange. Mais en Inde, les mois donnent parfois l'impression de durer des années tant le temps s'étire. Et en immersion totale en Inde (sans tourisme ni rien), le sentiment est encore plus prégnant car il s'accompagne de celui surnaturel de vivre parfois dans une galaxie parallèle quand on a eu une vie ailleurs avant. Mes allers-retours relativement réguliers en France où ma vie est toujours la même, comme si je l'avais simplement mise en pause en juillet 2014 pour la retrouver à l'identique à chaque atterrissage malgré les mois qui passent, renforcent ce paradoxe -le fait de parler à des gens qui n'ont jamais mis les pieds en Inde de toute leur vie aussi. 

Tenez, alors que je vous écris, je note machinalement autour de moi le concert de klaxons sans vraiment m'en émouvoir... Ce qui me ferait sauter au plafond à Paris. Je suis installée dans le rickshaw qui me ramène du travail, bravant la circulation folle de Bombay à l'heure de pointe, malmenée malgré moi sur ma banquette par les sursauts de l'engin à 3 roues confronté à une chaussée largement inégale. Mon mode de vie a changé en Inde. Et à l'exception de quelques privilégiés qui vivent dans des tours d'argent quel que soit le pays où elles sont implantées, j'aurais tendance à croire qu'il en va de même pour tout un chacun s'installant ici. Et quand tout change dans votre quotidien, que vous perdez tous vos repères, il y a de bonnes chances pour que vous changiez aussi.

Quand vous arrivez en Inde, je ne vous l'apprend pas car c'est un cliché éternel mais si vrai, vos cinq sens sont assaillis -c'est pour cela que peu importe le degré de connaissances que vous avez accumulé sur l'Inde avant, les photos, les films, les documentaires, les romans: rien ne peut vous y préparer vraiment. Cette agression des sens est brutale, multiple, complexe. Tout votre corps la ressent et votre cerveau ne sait plus quoi enregistrer. En Inde, j'ai eu l'impression de découvrir la notion de fatigue psychologique. Elle s'est tout simplement imposée à moi après plusieurs semaines à Bombay. C'est le fait que votre organisme se bat au quotidien contre beaucoup de choses qu'il n'a pas à faire habituellement.

C'est bien simple, pour vivre ici, il m'a fallu tout réapprendre à 0, comme une enfant. Réapprendre à manger: épicé, avec des aliments différents, beaucoup de légumineuses, beaucoup de sauce, beaucoup d'huile, mais aussi des nouveaux pains, une culture incroyable de condiments. 

Réapprendre à se laver, et souvent plusieurs fois par jour: alors que les Français se mettent aux douches à l'italienne et abattent les socles surélevés, en Inde ça a toujours été la salle de bains qui constituait la totalité de la douche. Notez aussi que l'eau chaude n'est pas toujours disponible au robinet et qu'il est souvent nécessaire de pratiquer le lavage au "bucket" (seau), comme nos grand-parents ont dû le faire, ce qui avait fait ironisé certains Indiens au moment du "ice bucket challenge" sur facebook:




Ensuite, j'ai dû réapprendre à dormir, car les lits ici n'ont toujours que très très rarement des sommiers et se composent le plus souvent comme des tables de bois sur lesquelles on a posé des matelas au demeurant beaucoup plus fins et durs que nos matelas européens. C'est logique, car la plupart du temps la chambre à coucher est une pièce commune comme une autre et on ne fait pas que dormir sur le lit, on peut y manger. Un lit dites-vous? Hop, une nappe faite du journal d'hier et j'y vois une table pour diner! 
Et puis il y a le bruit permanent. Les chantiers qui, dès qu'ils s'achèvent à Bombay, sont remplacés par de nouveaux bâtiments à construire dans un perpetuel recommancement. Bombay c'est la ville des corbeaux qui coassent, des pigeons qui roucoulent, des chiens qui aboient. 10 mois sur 12, il faut aussi composer avec le bruit et le courant d'air du ventilo qui tourne H24, et pendant l'été, y ajouter le ronron de l'air conditionné qui fonctionne tant bien que mal. J'avoue que ça a l'air terrible comme ça mais je vous assure que l'organisme s'y fait, c'est ça le plus impressionant. Les 2 ou 3 jours qui suivent mon retour de France, je l'aide avec des somnifères légers ou des bouchons d'oreille, mais leur nécessité disparait vite. 

J'ai dû réapprendre à m'habiller -ni trop couverte pour ne pas avoir chaud, ni trop découverte pour la société indienne parfois si pudique; j'ai dû intégrer des nouveaux vêtements à ma garde-robe, principalement des tuniques plus ou moins longues (kurtas) mixées à des pantalons européens. Pas de talons ou presque car comment se frayer un passage sur les routes et trottoirs cabossées sans chaussures confortables?

Et puis... depuis que je vis à Bombay, ma vie s'est ralentie. Automatiquement. Au début, j'avais l'impression d'être passée en slowmotion. J'avais l'impression de ne rien faire. Je sortais d'une vie à Paris où tout allait à 100 à l'heure, où j'avais quelque chose de prévu tous les soirs, je zappais entre métros et vélibs pour explorer un nouveau quartier, rejoindre des amies au débotté, sortir dîner, multiplier les activités hors du boulot. Arrivée à Bombay, rien. La langueur des journées, la paresse des soirées. Ca me rendait dingue. Je crois que c'est toujours le cas: je fais peut-être un quart de ce que je faisais à Paris, mais le pire, c'est que je m'en rends à peine compte, désormais. 

En Inde, vous le savez déjà, je ne cuisine plus. Je ne fais que le strict minimum en ménage, lorsque la chaleur me le permet -le reste a été délégué à notre cuisinière, avec ce qu'il me restait de dignité. En Inde, j'ai arrêté d'écouter de la musique -et souvent, ça ne me manque pas, alors qu'en cumulé j'écoutais facilement 2h par jour d'ipod à Paris. Peut-être que mes oreilles ont besoin de repos. En Inde, je n'ai pas réussi à m'auto-convaincre de faire les efforts néessaires pour rejoindre une association caricative, et j'ai abandonné mes espoirs d'apprendre la guitare (et j'ai vraiment honte de moi). J'ai mis environ 7 mois à me mettre au sport. Pas vraiment de piscine, peu de sport à l'air libre avec la chaleur et la pollution: les Indiens qui cultivent leur corps pratiquent le sport en salle de muscu, quasi-exclusivement. Et moi, aller faire mes abdos à côté des starlettes de Bollywood qui se la jouent, comment vous dire? Merci mais non merci. Et puis il faut bien le dire: il a fallu atteindre le seuil de non-retour au niveau enrobage de mes cuisses avant que la sonnette d'alarme ne se tire vraiment dans mon cerveau tout aussi engourdi que le reste. Heureusement, j'ai trouvé des cours de zumba à 5 minutes à pied de chez moi. Plus que ça, je n'aurais sûrement pas eu le courage. 

La logistique de l'Inde et de Bombay veut que tout déplacement est forcément difficile à planifier. Soit parce que sa durée est imprévisible, un trajet dans Bandra après 18h pouvant occasionner plus de bouchons que n'en compte l'autouroute du soleil un weekend du 15 août. Soit parce qu'il faut d'abord trouver le moyen de locomotion (le chauffeur qui accepte de vous emmener dans la bonne direction). Soit parce que c'est la fête de Ganesh-Shiva-un mariage-l'Eid-les pyramides humaines-la mousson et que ca bloque toute la route et c'est bien normal. Soit parce qu'il fait trop lourd pour bouger et puis le canapé c'est bien aussi non? Voilà. 



MAIS je ne suis pas là pour me plaindre, surtout que je devrais plutôt vous vendre l'Inde pour vous y voir en février prochain que vous en dégoûter! Là, je vous sens moyennement chauds, alors allons-y. En vrai, depuis que je suis en Inde, j'apprends à être plus patiente (et Dieu sait que j'en ai bien besoin) (ça va, pas la peine d'acquiescer si fort). J'apprends à lâcher un peu de lest et cesser de tout vouloir contrôler. Je découvre des nouvelles saveurs, plats ou aliments quasiment tous les jours. Je parle un peu plus facilement aux inconnus (un peu hein). Je bois du jus de pastèque frais au moins deux ou trois fois par semaine. Je n'ai jamais besoin de m'inquiéter du temps qu'il fait: il fait TOUJOURS beau. Je vois des palmiers tout le temps. Mes pupilles ont probablement des capacités multipliées par 1000 vu le kaléidoscope de couleurs qu'elles absorbent au quotidien -et c'est valable pour mon odorat même si c'est pas toujours positif, par contre niveau audition clairement je me sens devenir chaque jour un peu plus sourde. Je peux rester chez moi si je veux en utilisant l'excuse des problèmes de transport. La bière n'est vraiment pas chère (bon, ok, je n'en bois pas -mais reconnaissez que pour nombre d'entre vous c'est une excellente nouvelle!). Il y a des gens pour me livrer tout et n'importe quoi, quasiment n'importe quand, y compris le dimanche ou tard le soir. Un sandwich au poulet avec des frites et de la salade au resto me coute 2,50 euros. Je n'ai pas besoin de m'inquiéter si je sors suante, pas maquillée et habillée d'un sac à patates: il y aura toujours plein de gens pour me trouver fascinante. J'ai appris à négocier. Enfin j'essaye. Un peu quoi. Je suis devenue vraiment douée pour la course d'obstacles pour traverser la route en toutes circonstances, même avec des vaches (et ça c'est un truc qui me servira toujours dans la vie). Enfin, il n'y a pas de problèmes, il n'y a que des solutions. 

Et si vous n'êtes toujours pas rassurés, je vous garantis ceci: tous les gens qui sont venus visiter l'Inde, à ma connaissance, sont tombés sous le charme. En plus, j'ai choisi la meilleure saison de l'année rien que pour vous! Alors, rendez-vous dans 9.8 mois en Inde pour expérimenter "the Indian lifestyle"?

mercredi 6 mai 2015

Everyday Bombay - Avril 2015

Avec quelques jours de retard comme à chaque fois que je suis en vadrouille vers la fin du mois (et quelle vadrouille cette fois...!), voilà le résumé photographié de mon mois d'Avril avec de l'Inde et un bout de France dedans!


Premiers essayages/tentatives de sari blanc et or, tres tres paillettes, mais pas assez bling parait-il!

Le dimanche matin c'est oeufs brouillés masala, c'est la seule chose ou presque que je cuisine et ne rate pas ici (pas besoin de pressure cooker...)

Les étoffes colorées qui formaient le plafond en tissu d'un marché aux puces créatif à Bombay, le Lil Flea Market

On continue dans la couleur avec le sari de cette femme qui se rend au travail dans la même tour de bureau que moi: nos uniformes sont un peu différents, forcément...

Encore et toujours de la couleur dans cette vitrine d'un magasin de loisirs créatifs qui organise notamment des ateliers de tricot. La vitrine a été pensée par le designer Manish Arora et si vous regardez bien, en plus des photos de Dieux colorés dans des auréoles roses au fond, vous verrez trôner au centre une machine à coudre plus bariolée qu'une version Barbie et un tag "Life is Beautiful" (ce sur quoi je suis assez d'accord)

On finit dans un style différent mais presque aussi chargé avec la traditionnelle coupolle des Galeries Lafayette où j'ai fait le plein en matière de shopping français lors de mon passage express à Paris!

Voilà, c'est tout pour Avril; en Mai j'ajouterai quelques photos supplémentaires de France... En attendant je vous envoie des ondes positives et de la chaleuuuur car c'est l'été ici!